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L’événement littéraire le plus important de la Guinée a eu lieu le week-end passé. Rarili News a couvert les activités qui l’ont animé à travers un reportage-photo et 3 interviews exclusives de personnes inspirantes : Sansy Kaba, Dr Oumar Sivory Doumbouya, sociologue et écrivain et “last but not least”, le légendaire Adama Dahico !

Pour voir notre reportage photo, retrouvez-nous sur Facebook et Instagram | @Rarili News

Retour en interview sur ce rendez-vous incontournable des lecteurs et passionnés du livre.

Partie 1 | Sansy Kaba : son parcours, la genèse des 72H du Livre et ses aspirations pour Conakry, future capitale africaine du livre 😊

NB : cette interview a eu comme spectateur Dr Doumbouya.

Rarili News (Rn) : Comment l’idée des 72 heures du Livre a -t- elle germé dans votre esprit ?

Sansy Kaba (SK) : Tout est planifié. J’ai commencé mes études ici et je suis allé les poursuivre en France. Denis Brillant, le fondateur des éditions l’Harmattan était mon directeur de stage. Après 6 mois de stage et la rédaction de ma thèse (qui portait sur la création et la gestion d’une maison d’éditions en Guinée) clôturée par une année de boulot, j’ai décidé de rentrer en Guinée.

Après avoir présenté ma thèse, qui a reçu la note de 18/20, Denis Brillant m’a dit : « Sansy, le jour où tu voudras créer ta propre maison d’éditions, je serai à Conakry auprès de toi. »

Très tôt, j’ai commencé à dérouler le plan d’action, l’étude de faisabilité qui allait donner naissance aux 72H du Livre. Étant étudiant et ayant beaucoup voyagé en Europe, je savais que le 23 avril était la journée mondiale du livre et que chaque année, à cette date, une ville du monde devenait capitale mondiale du livre.

Quand je suis rentré, j’ai créé ma maison d’éditions. Et tout de suite, j’ai réalisé qu’à Barcelone, à Dakar, à Paris, on célébrait le 23 avril. Je me suis demandé : « Pourquoi la Guinée ne la célèbre -t- elle pas ? » Le Ministère de la Culture [n’avait pas encore capitalisé sur cette date], qui marquait le jour où de grands écrivains étaient nés et avaient disparu. J’y ai vu une opportunité en matière de management et [décidé de créer un événement qui célébrerait le 23 avril] à Conakry mais sur 3 jours, afin de rattraper le retard accusé par rapport au Sénégal, à la Côte d’Ivoire, au Mali, … Et les devancer.

Puisque j’aimais voyager, je savais que le Burkina Faso, à travers Ouagadougou, s’était fixé sur le cinéma. Bamako, sur la photo. Abidjan, sur la musique. Dakar, sur l’art contemporain. Niamey, sur la mode. Je me suis dit que le livre serait intéressant pour Conakry. Donc j’ai créé le concept des 72H du Livre de Conakry. Une seule journée n’aurait pas suffi ! Tous ceux qui ont voulu venir le samedi ou le dimanche ne l’auraient pas pu.

Pour résumer, l’idée de départ de cet événement était vraiment de faire du livre l’identité de notre capitale. C’était ça.

 

Rn : Quelle est la nuance ou la différence entre Conakry Capitale Mondiale du Livre (CCML) et les 72H du Livre ?

SK : Les 72H du Livre, c’est le salon du livre de Conakry. Nous en sommes à 13 éditions maintenant. Et c’est à travers les 72H du Livre qu’on a eu le courage de présenter notre candidature pour Capitale Mondiale du Livre (CML). J’ai mis 10 ans pour la préparer parce que c’est une compétition, au même titre que les Jeux Olympiques. Il faut du travail, de l’expertise. Il faut déposer un dossier, et pas n’importe lequel. Il fallait faire en sorte que le livre devienne sexy dans le pays. Que le livre soit connu et reconnu avant de déposer une telle candidature. Je savais qu’on n’avait pas beaucoup de chances pour y arriver, dans un pays où on ne lit plus beaucoup. J’ai soufflé sur ces carences de la Guinée. Pour organiser la Coupe du Monde, qu’est-ce qu’il faut ? Il faut des stades. C’est pareil pour le livre, il nous faut des bibliothèques, des points de lecture, [et on n’en avait presque pas]. Je me suis dit que peut-être en organisant un tel événement, cela aiderait à en créer.

Puisque tous les 23 avril, une ville du monde devenait Capitale Mondiale du Livre et que nous, chaque 23 avril depuis 10 ans, nous organisions un salon du livre, l’UNESCO ne pouvait que prendre en compte notre dossier et réaliser qu’il était méthodiquement préparé, élaboré scientifiquement et méticuleux. Donc on a posé notre candidature et on est devenus Conakry Capitale Mondiale du Livre (CCML).

CML est un mandat de l’UNESCO qui est décrété depuis 1995 par rotation. Madrid a été la 1ère capitale. Nous, nous sommes la 17ème capitale. Et entre Madrid et Conakry, on est passés par Amsterdam, par Bogotá, par Buenos Aires, par Anvers, Port Harcourt, Montréal, … Toutes les grandes villes du monde. C’est un label très important, qui s’étend du 23 avril de l’année en cours au 22 avril de l’année suivante. Nous avons été élus CML du 23 avril 2017 au 22 avril 2018 et nous sommes ainsi rentrés dans le cercle des CML.

Mais comme je vous l’ai dit, l’objectif de départ était d’avoir le livre pour référence. Notre ambition pour les 10 prochaines années – sachant qu’on s’est préparés pendant 10 ans pour devenir CML – est de devenir capitale africaine du livre !

 

Rn : Justement ! Parlez-nous de l’horizon que vous envisagez pour la suite ?

SK : C’est d’être capitale africaine du livre. Et si on le devient, ce sera pour de bon. Au même titre que Ouagadougou qui est la capitale africaine du cinéma et Bamako celle de la photo. On y arrivera : par le travail, par le sérieux, par la qualité, par l’excellence. Par faire rêver l’Afrique, en organisant la biennale africaine du livre en Guinée, en donnant les meilleurs prix aux meilleurs écrivains du monde, aux meilleurs éditeurs du monde, aux meilleurs libraires du monde, aux meilleurs bibliothécaires du monde et de l’Afrique, à Conakry, et que tous les grands auteurs africains et mondiaux touchent le sol guinéen. C’est un rayonnement ou pas ? C’est ce qu’il faut.

 

Rn : On est à l’ère du digital. Comment remettre au goût du jour le livre physique ? Le livre-papier ?

SK : On a anticipé. Pour moi, le livre physique et le livre numérique se complètent. Tous nos livres sont électroniques. Dès qu’un livre est fait – Dr Oumar Doumvouya en est témoin, il a 5 livres chez nous – il est automatiquement numérisé. Et en plus, avec la version pdf, les gens achètent le livre moins cher et il est disponible partout dans le monde.

Tout est regroupé sur l’Harmattèque, une bibliothèque numérique extraordinaire.

Donc on a anticipé [ce phénomène du numérique] et aujourd’hui on fait de l’impression à la demande. Vous voulez un seul livre, on vous imprime un seul livre, vous en voulez 10, on vous en fait 10, vous en voulez 1000, on vous en imprime 1000. C’est l’imprimerie pour tous, l’impression pour tous. On est présents un peu partout et nos livres sont diffusés, nos auteurs connus.

Mais ça, c’est le modèle Harmattan. C’est le savoir-faire d’un monsieur qui est extraordinaire. Qui m’a formé. J’ai été son assistant pendant une année. J’ai appris le métier dans un petit espace un peu comme la pièce dans laquelle nous nous trouvons, un petit carré comme ça. Tout passait devant moi. Je lisais le tableau de bord tous les jours.

C’est l’économie du livre que j’ai étudié. Et quand je suis revenu en Guinée et que j’ai dit que je voulais créer cet événement, les gens m’ont rétorqué : « Non, tu rigoles… Djibril Tamsir Niane ne l’a pas pu, Cheick Kaba ne l’a pas pu ». Ils ont cité plusieurs éditeurs. J’ai répondu que moi, je connaissais une autre manière de le faire. Et c’est ce que j’ai fait.

 

Rn : Merci Sansy ! Merci de nous avoir accordé ce temps. Nous reviendrons spécialement à l’Harmattan pour parler du modèle Harmattan et surtout de celui qui vous a formé, parce qu’apparemment il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire sur lui.

SK : C’est un plaisir. Merci pour lui. Il est à l’hôpital là mais il suit tous les jours les événements et il les commente.

 

Dr Oumar Sivory Doumbouya : Et il venait tous les ans.

 

SK : Ouais ! Merci Sivory.

 

À SUIVRE !

Rendez-vous demain pour l’interview de Dr Oumar Doumbouya, sociologue et enseignant à l’UGLC-SC, auteur de plusieurs livres publiés à l’Harmattan.

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Dans notre série 72HL, retrouvez un tour d’horizon complet de l’événement :

Part 1 | Interview de Sansy Kaba, fondateur de l’événement et directeur de l’Harmattan Guinée

Part 2 | Interview de Dr Oumar Doumbouya : le livre, une œuvre d’art !

Part 3 | Interview vidéo d’Adama Dahico, un monument de l’humour, du cinéma et de la littérature !

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