23 Sep 2020
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Interview : à la rencontre de Brahi, un artiste guinéen qui lutte contre le racisme en France

Brahi, de son vrai nom Ibrahima Diallo est un artiste Français, d’origine guinéenne. Suite aux événements tragiques survenus aux États-Unis, et après le rassemblement historique du 2 juin à Paris, contre le racisme et les violences policières, Brahi a écrit le titre “Coeurs Noirs”. Dans ce clip, il retrace l’historique de l’esclavage, la colonisation et les violences policières qui perdurent encore aujourd’hui, des techniques d’immobilisation mortelles utilisées par les forces de l’ordre et visant majoritairement des personnes noires. Il rend ainsi hommage à plusieurs figures noires, tuées par les forces de l’ordre. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, Brahi nous donne des détails sur ce grand projet qui rentre dans le cadre de la lutte contre les bavures policières et l’obtention de justice aux familles endeuillées.

Qui est Brahi ? 

Brahi est un artiste d’origine guinéenne, qui est né à Paris et a grandi dans la banlieue Est Parisienne. C’est dans les années 90 qu’il est touché de plein fouet par l’émergence de la culture Hip-Hop. En 1996, accompagné de son groupe, Harcèlement Textuel, il se fait rapidement remarquer dans le milieu underground, notamment grâce à ses qualités d’improvisateur. En 2002, parait leur album, intitulé « Épelle mon nom », un disque qui sera encensé par la presse spécialisée de l’époque. Brahi sera invité en 2011 à participer à un album à dimension internationale, le projet « Honoris Causa » lui offrant l’opportunité d’enregistrer des titres avec des groupes américains de légende, issus des ninetees, comme MOP / Onyx et DasEfx ». Après avoir mis sa carrière artistique entre parenthèses, il revient avec le projet engagé Coeurs Noirs, comme une bombe dans le rap français actuel.

Explique-nous le contexte de ce projet « Cœurs noirs » ?

« Coeurs Noirs” est projet culturel global qui prendra différentes formes et différents formats, mais à travers ce premier clip et ce premier titre, un des objectifs majeures est de contribuer à mettre plus en lumière les actions de la famille Dieng, dont le fils Lamine a été assassiné par la police le 17 juin 2007. Pour rappel : sous la pression de la Cour Européenne, l’État français vient tout juste de reconnaître, 13 ans après les faits, sa responsabilité dans cette affaire en indemnisant la famille.
“Coeurs Noirs” représente à la fois un devoir de memoire, un hommage et un outil culturel à l’utilité concrète : promouvoir la pétition, “Laissez-nous respirer”, pour faire interdire aux forces de l’ordre les techniques d’immobilisation mortelles comme le plaquage ventral et la clef d’étranglements ».

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué avec la mort de Lamine au point de te sentir personnellement impliqué dans le dossier ?

« C’est la dignité de la famille Dieng qui me touche…Leur choix de ne pas avoir médiatisé l’affaire avant son dénouement, de se battre avec discrétion et une force incroyable. Ramata en tête et qui a insufflé une énergie de résistance à toute la famille et bien au-delà. C’est hors du commun, on parle de plus d’une décennie de lutte.
L’histoire de Lamine et du combat qu’a mené sa famille pour que son honneur reste intact, ça me touche et ce qui me touche davantage, c’est que la famille Dieng continue à se battre pour tous les autres… Pour que ça n’arrive plus, à travers le collectif Vies Volées et la pétition dont je te parlais : https://bit.ly/LaissezNousRespirer.
“Cœurs Noirs” est un modeste soutien par rapport à ce que la famille à déjà accompli, mais c’est une fierté que Fatou Dieng ait validé ce projet et que nous travaillons dorénavant ensemble pour faire interdire ces pratiques.
C’est un combat qui vaut pour Ibrahima Bah dit Ibro, guinéen aussi, Cédric Chouviat, Gaye Camara, Adama Traoré et pour les nombreux autres.
Le plaquage ventral est ancestral … Mais nous allons y mettre un terme ».

Durant tout le temps que tu as passé en Europe. As-tu une fois été victime du racisme ?

« Absolument. Tout le temps, ce n’est pas une dynamique qui s’arrête seule. Dès lors où tu entres très jeune à l’école, tu rencontres tes premières situations où l’on te renvoie à ta couleur de peau. Toute personne noire ayant grandi en dehors de l’Afrique a développé des stratégies, des techniques pour tenter de passer au-delà ou faire fi des micro-aggressions racistes quotidiennes, afin de ne pas en souffrir et continuer son évolution. Mais même avec ça, il y a toujours des dégâts psychiques et/ou physiques énormes. Nous en parlons depuis bien longtemps, notre parole a toujours été libérée à ce sujet. Ce qui a changé depuis la mort quasi en direct de notre frère, George Floyd, c’est que l’écoute sur la question du racisme systémique a été obligée de se libérer aussi …
C’est de notre responsabilité de maintenir cette écoute active et c’est un combat aussi »…

Cœurs noirs est ton dernier clip que tu as dévoilé. Explique-nous le contenu du clip ?

« Le clip, réalisé par le brillant Willy Berquier est un hommage à nos ancêtres, nos anciens. et à nos contemporains. dont la vie a été arrachée, en commençant par Breonna Taylor.
C’était important d’entamer notre devoir de mémoire par elle, les médias avaient, à juste titre, parlé d’Ahmaud Arbery, puis évidemment du drame avec l’assassinat de George Floyd et l’affaire de Breonna avait quelque peu été invisibilisée, nous voulions honorer sa mémoire en premier.
Il y a aussi les hommages rendus à des figures emblématiques de la lutte antiraciste, anticolonial, antiapartheid. Nos héroïnes et héros avec Rosa Parks, Madiba et à travers lui La Grande Winnie Mandela, Malcom X, Le Dr Martin, Angela Davis, Frantz Fanon, Aimé Césaire….
Fatou Dieng dit de ce projet : “Coeurs Noirs s’inscrit dans l’histoire depuis le Code noir, jusqu’à la formation actuelle des policiers. Outre la puissance du texte, on a un clip qui dénonce, révèle et informe, car il est nécessaire de rétablir des vérités historiques ». C’est le meilleur retour que l’on pouvait nous faire
 ».

Mot de la fin ?

« Je veux profiter de l’espace que Rarili News m’offre et de l’intérêt porté à mon projet pour rendre hommage aux deux personnes qui m’ont donné le goût des mots et des autres et qui m’inspirent pour chacun de mes projets : Eleidj Aboubacar Diallo et Hadja Mariama Ciré Diallo, mes chers parents ».

Le soutien de l’Afrique est d’une aide indispensable et précieuse pour lutter contre le racisme systémique et les violences policières visant essentiellement « Les Enfants » de la diaspora en France. C’est toujours une immense fierté lorsqu’un média guinéen porte un intérêt au projet ‘’Coeurs Noirs’’. Merci à Rarili News pour ça.  Je ne peux qu’inviter vos nombreux fallowers à faire 3 choses : Découvrir le clip , signer la pétition : https://bit.ly/LaissezNousRespirer et partager l’information.

Wontanara » !

Découvrez le clip  »Cœurs noirs » ci dessous

Entretient réalisé par Kadiatou Baldé

 

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