3 Apr 2020
HomePeople AfriquePeople GuinéeInterview Exclusive de Kaba Dollar:  »je dirais que la critique est belle, même si elle blesse »

Interview Exclusive de Kaba Dollar:  »je dirais que la critique est belle, même si elle blesse »

La rédaction de Rarili News a reçu Kaba Mohamed, communément appelé Kaba Dollar Wembalogie, qui œuvre pour la valorisation du textile guinéen, la sensibilisation des jeunes sur des sujets d’intérêt individuel et collectif. Amoureux de la sape, il est le Président fondateur du tout premier mouvement de la sapologie en Guinée, dénommé Mousapégui. En plus d’être homme d’affaire, il est aussi Directeur général d’une entreprise de vente de matériaux de construction. Tout au long de cet entretien, le concepteur de ‘’l’animal souffre ‘’ retrace ses débuts dans son aventure, son trophée international remporté à Abidjan, ainsi que l’organisation du Festival international de la sape en Guinée, un projet qui le tient à cœur.

 

Rarili News : Vous êtes le Président des sapeurs de Guinée, présentez-nous votre structure et son objectif ?

« ‘’Mousapégui’’ veut dire mouvement  des sapologues guinéens, en soussou qui signifie on est bien habillé. C’est une association des jeunes diplômés guinéens stylistes, mannequins réunis autour d’un même idéal pour le bien être appelé la sape. C’est aussi un mouvement qui donne de l’espoir à la jeunesse, une certaine visibilité sur la culture guinéenne. La sape constitue notre outil de communication ».

Rarili News : Comment est née cette structure, parlez-nous de vos débuts dans cette aventure ?

« Nous avons regardé un peu partout dans la sous-région où on voit des jeunes sapeurs, qui se démarquent malgré la situation, ils sauvent leur apparence. Pour nous, la sape est une culture à part entière. Donc, on a regardé en Côte d’ivoire, au Cameroun, au Congo, au Togo et au Burkina; il y a ce mouvement du bien être un peu partout. Alors, nous avons jugé nécessaire aussi de créer ce mouvement en Guinée, afin de réunir les jeunes autour d’un même idéal, en valorisant nos textiles. Du moment où on ne passe pas inaperçu, quand on s’habille que tu le veuilles ou pas tu vas nous regarder à travers nos couleurs. Tout à commencé en Avril 2018, j’ai eu à faire un casting avec des jeunes mannequins et stylistes, je les ai montrés ce qu’est la sape, son objectif, ses critères, son importance pour le développement d’une nation, le 4ème commandement de la sape. Alors, on a créé le groupe et nous avons fait notre première apparition à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance au stade du 28 septembre où RFI a fait un article sur le mouvement et voilà tout est partie de là ».

Rarili News : Vous utilisez tout le temps le concept ‘’l’animal souffre’’, cela veut dire quoi ?

« Déjà l’homme est un animal supérieur, s’il fait chaud dehors il souffre, s’il n’a pas d’argent dans la poche il souffre. Quand on dit que l’animal souffre on fait souvent allusion à la chaussure. Parce qu’on tue un animal dans la forêt pour confectionner la chaussure d’un sapeur, parce qu’un sapeur qui se respecte ne porte pas une chaussure en plastique, mais plutôt la peau d’un animal. Le soubassement d’un sapeur c’est l’animal, le soulier. On brule l’animal pour faire la chaussure, donc il s’est retrouvé au mauvais endroit et au mauvais moment dans une forêt, visé par un être humain en besoin ».

 

Rarili News : Récemment vous avez représenté la Guinée en Côte-d’Ivoire et vous avez raflé le prix FISAB. Parlez-nous de ce trophée ?

« Le Festival international de la sape d’Abidjan Bilamba est un événement qui regroupe tous les grands sapeurs d’Afrique et d’ailleurs. Pour la 1ère fois, la Guinée a remporté ce prix. Nous sommes allés avec l’état d’esprit de la sape pour montrer de quoi nous sommes capable et montrer le textile guinéen.  D’ailleurs, c’est cette particularité qui nous a aidé à remporter ce prix. On est rentré fièrement et honoré».

Rarili News: Sachant que la sape est peu connue en Guinée par rapport aux autres pays comme le Congo ou la Côte-d’Ivoire, dites-nous comment faites-vous pour être connu et comment vous vous en sortez ?

« Nous les sapeurs guinéens nous avons eu la chance d’instaurer quelques choses dans le mouvement que les autres ont ignoré depuis la nuit des temps. Car pour eux, c’est seulement une manière d’exposer une marque, alors que nous on a compris que la sape peu créer de l’emploie.

Par exemple, tout récemment, nous avons fait l’assainissement dans plusieurs quartiers de la Commune de Ratoma où nous étions bien sapés et cravatés avec des balais en mains. On a pu nettoyer les caniveaux et dégager les ordures sur la route. Nous sensibilisons aussi contre l’immigration clandestine, les relations sexuelles non protégées, nous luttons contre la violence, car sans la paix rien ne peut bouger dans le pays ».

Rarili News : Quels sont vos projets à court et long terme ?

« Nous comptons organiser le Festival international de la sapologie à Conakry. On a fini d’élaborer le projet. Il y aura une exposition des œuvres vestimentaires faites par des couturiers guinéens, il y aura des prestations artistiques, des défilés de mode, un concours de sapologie où il y aura un trophée pour le meilleur sapeur. Ensuite, il ira représenter la guinée au Congo au Grand Festival qui réunit tous les grands sapeurs du monde entier. Durant ce festival, il y aura de grands sapeurs venus d’un peu partout de l’Afrique, de Paris, de Genève. Il y aura aussi le couple le plus sapé de la planète ».

Rarili News : Qu’avez-vous à dire aux personnes qui pensent que vous ne faites que de la comédie ou qui minimisent votre travail ?

« C’est souvent comme ça, mais je dirais que la critique est belle, même si elle blesse l’amour propre ou elle provoque la rancune, de ce côté nous les sapeurs on aime la critique. Parce que quand on est sapé et qu’on ne nous critique pas, on se dit que nous ne sommes pas bien habillés. On va leur dire tout simplement de nous encourager dans ce que nous faisons, c’est important. Nous avons fait la fierté de la Guinée et l’honneur ça se mérite, ça ne s’achète pas. Donc on ne fait pas de la comédie ».

Rarili News : Votre mot de la fin ?   

« À toute la jeunesse, travaillons et donnons-nous la main pour une Afrique unie et prospère, sans violence et merci à Rarili News pour cet interview ».

Entretien réalisé par Kadiatou Baldé