8 Mar 2021
ad
HomeCultureInterview/ Sory Sylla : « C’est grâce à mon métier de cordonnier que je suis en train de construire une maison »

Interview/ Sory Sylla : « C’est grâce à mon métier de cordonnier que je suis en train de construire une maison »

Ibrahima Sory Sylla, âgé d’une trentaine d’années, est cordonnier de profession. Au marché de la ‘’Grande Place’’ dans la commune urbaine de Labé, Ibrahima Sory qui confectionne des sandales en peau, a son petit conteneur de quelques mètres carrés rempli de chaussures qu’il a lui-même fabriqué à la main. De père en fils, il a appris ce métier et l’exerce avec amour et détermination depuis plus de 15 ans.  Grâce à son métier, il a réussi à fonder une famille, il nourrit 5 personnes, il a un moyen de déplacement et construit une maison. Lors d’un passage dans la ville de Karamoko Aplha Mo Labé, nous avons rencontré ce brave homme qui, malgré les difficultés a su réaliser ses rêves. Dans cet entretien, Ibrahima Sory fier de ce qu’il est, nous en dit un peu plus sur son métier.

Dites-nous comment se font les chaussures ?

« Avant tout c’est grâce à mon père que j’ai appris ce noble métier, je lui dis merci et rend Grâce à Dieu. Alors cela fait plus de 15 ans que j’exerce le métier de cordonnier, j’ai ma place et parfois je forme ici des jeunes qui veulent apprendre le métier. Alors pour faire ces chaussures que vous voyez ici, il nous faut les peaux de vache, que les villageois nous revendent. Le prix d’une peau varie selon la taille (20.000GNF, 30.000GNF, 40.000GNF) ».

Combien de paires de chaussures confectionnez-vous ? Et comment se fait la vente (prix) ?

« Dans la journée on peut fabriquer 10 paires de chaussures si c’est quelqu’un qui connait bien son travail sinon c’est 5 ou 6 paires par jour. Par exemple une seule peau qui coûte 40.000 peut faire sortir 5 à 10 paires de chaussures. Parfois on vend 10, 30 voire même 40 paires de chaussures par jour. Mais pour ne pas mentir il arrive aussi des fois qu’on ne vende rien mais je dis Dieu merci on s’en remet à lui. Le prix varie entre 20.000 GNf 80.000.  Au fait, ça dépend de la qualité. Sans oublier qu’il y a toutes les tailles, pour les enfants, les hommes et les femmes ».

Vous exercez ce métier depuis plus de 15 ans. Parlez-nous de vos réalisations ?

« Oui depuis mon jeune âge j’ai hérité de ce métier, et grâce à lui je suis marié et père de deux enfants, ont vit avec ma mère et ma petite sœur qui est aussi à l’école. La place que vous voyez là m’appartient, ici, on ne paye que le droit de marché par mois et les impôts par an. C’est grâce à ça que j’ai eu un moyen de déplacement, j’entretiens ma famille (santé, scolarité, habillement, affaires sociales…) et actuellement je construis une maison au quartier Doghora dans la commune urbaine de Labé. Même si elle n’est pas entièrement finie, j’y travaille petit à petit ».

Alors que vous gagnez votre vie ici, l’idée d’aller en aventure vous traverse-t-elle l’esprit ?

« Vous savez si tu fondes une famille, tu ne peux pas les abandonner comme ça et partir. Parce que tu ne connais pas si là où tu vas est meilleur que ce que tu laisses derrière toi. Personnellement, je me pose souvent la question : si je pars et que je laisse mes enfants ici, est-ce qu’ils ne vont pas devenir des délinquants ? Ou encore qui va s’occuper d’eux comme il se doit » ?

Qu’avez-vous à dire aux jeunes qui veulent traverser la méditerranée pour atteindre l’Europe ?

« Moi je n’encouragerai personne de passer par la mer pour atteindre l’Europe. Pourquoi ? parce qu’on voit tous les jours des jeunes qui perdent leurs vies en traversant, même chez nous on a récemment perdu un de nos enfants comme ça. Il avait à peu près 15 ans ou 16 ans. Ça m’avait vraiment touché. Il faut que les jeunes sachent qu’on peut réussir en Guinée, il y a tellement de choses à faire ici qu’on n’a pas vraiment besoin de trop rêver de l’Europe jusqu’à risquer sa propre vie. Il suffit d’avoir le courage, la passion, se fixer un objectif et surtout mettre du sérieux dans tout ce que l’on entreprend ».

 

Kadiatou Baldé

VOS COMMENTAIRES CI-DESSOUS :