Lifestyle | Interview : Ras Savané nous parle du Mouvement des Rastas de Guinée

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L’un des plus récents albums de reggae, Human Supremacy (du légendaire Takana Zion) est sorti ce week-end. Sur une note cette fois-ci carrément sociologique, nous avons cherché à en savoir plus sur le Mouvement Rasta de Guinée (MOURAG), qui va bientôt fêter ses 30 ans.
 

 
Quand et pourquoi le MOURAG a -t- il été créé ?
Merci Sista pour vos questions. Le MOURAG a été fondé en 1992 par mon grand Youla, qui vit actuellement au Sénégal et que je salue ! L’objectif était de créer un mouvement rasta en Guinée et promouvoir la musique reggae, la doctrine et la civilisation des rastafaryans. À l’époque, le rasta n’était pas du tout bienvenu en Guinée.
 
Une fois qu’on te voyait avec des locks, on te prenait pour un étranger (rires), un Ghanéen ou un Léonais. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de rastamen en Guinée. Dans un quartier, tu ne pouvais en voir qu’un seul… On s’est donc retrouvés et on a décidé de créer le Mouvement des Rastas de Guinée… On s’est dit , « MOURAG dicobi mouna » (ndlr: au MOURAG, il n’y a pas de mauvais fils).
 
Parmi nous, il y avait des chanteurs de reggae, des musiciens mais aussi d’autres qui se retrouvaient dans le mouvement. L’objectif était non seulement de promouvoir la musique reggae que l’on créait, mais aussi la doctrine et la civilisation rastafaryan. C’était ça.
 
Comment est-ce que vous avez adopté cette philosophie rasta ?
On ne devient pas rasta. Dans les conditions normales, on est rasta. Mais c’est au fur et à mesure que tu grandis, toi qui es né rasta, que tu adoptes cette philosophie rasta. Soit tu l’adoptes, soit tu déroutes. Quand on dit rasta, c’est étrange pour certaines personnes.
 
Rasta, c’est un mot qui a été abrégé.
 
So what is rasta ? R-, A-, ST-, A-… Real African Stand Always. Le Réel Africain Arrêté pour l’Eternité. Il revient alors à tout un chacun d’adopter cette philosophie ou de ne pas le faire. Celui qui est arrêté pour l’Eternité, il est arrêté pour qui ? Dieu ! Le Créateur des Cieux et de la Terre. Le Propriétaire de l’univers. Celui qui est l’Unique dans son Unicité. Allah subhana wa ta’ala. C’est ça. Donc un vrai rasta, c’est un homme qui a la foi en Dieu. Qui adore l’Unique Dieu. Qui loue Allah. Qui se prosterne pour Dieu. C’est ça, un rasta.
 
Voilà. Donc ce n’est pas du tout difficile [ndlr: à comprendre]. Mais ce sont les gens qui voient ça autrement. Parce que dans la philosophie rastafaryan, la première des choses, c’est « to believe in God », de croire en Dieu. Ensuite, « to know there’s only one God », c’est-à-dire savoir qu’il n’y a que l’Unique Dieu, ça c’est la deuxième. Troisièmement, de n’adorer que Dieu. « You have to “belove” God ». Il faut être une personne qui a l’amour de Dieu en soi. Quatrième. D’aimer ton prochain comme tu t’aimes toi-même. Cinquième, tout ce que tu gagnes, tu le partages avec les amis qui sont autour de toi.
 
Vous voyez un peu. Donc c’est comme ça que c’est parti. On a adopté ça et ceux qui ne comprenaient pas ont finalement compris. Et ceux qui n’étaient pas là, ils sont venus. Être rasta, ça ne demande pas une religion. Ça demande une civilisation, une doctrine simple. Voilà Sista, c’est ça.
 
Quels sont les projets du MOURAG pour la Guinée dans les années à venir ?
Avant de parler de nos objectifs pour les 10 ans, 20 ans à venir… Permettez-moi un retour dans le temps. Durant les années Lansana Conté, et ensuite avec Alpha Condé et Tidiane Cissé comme Ministre de l’Agriculture, on leur a présenté un projet. Un projet de festivités, d’art, d’agriculture, … C’était bien ficelé… Un projet dont l’objectif était que l’on nous donne un espace à transformer en village rasta, avec un orphelinat, une école pour les orphelins et en même temps, faire de l’agriculture et de l’élevage.
 
Il faut essayer de faire de l’agriculture pour nourrir notre pays. Quand on a des espaces à cultiver, on sème du riz. Du manioc, du maïs… Et tout est produit en Guinée et consommé en Guinée. Des amis kenyans, jamaïcains, guinéens d’ici et de l’extérieur, étaient venus pour concrétiser ce projet. Il l’avait poussé [ndlr: le Ministre de l’Agriculture de l’époque]. Dieu a fait qu’il est décédé. Paix à son âme. Parallèlement, nous avions organisé une Marche de la Paix, une initiative pour l’assainissement, etc. Tout cela a très bien marché, c’était bien parti. Jusqu’à présent, nous travaillons à reproduire ces initiatives et d’autres projets. Dieu est grand, c’est en cours. On est en train de travailler.
 
Ce que vous avez mentionné nous rappelle un projet qui a été mené à bien au Bénin et au Ghana (allocation d’hectares, création d’écoles ou de coopératives rasta, etc). C’est un plaisir d’en apprendre plus à ce sujet. Avez-vous un dernier mot pour Rarili News ?
Le plaisir est partagé. Je suis très content aussi. S’il y a une dernière chose à dire, ç’aurait été pour te rappeler ce que j’ai dit précédemment. Être rasta, selon moi, ça ne demande pas une religion. Ça demande juste une doctrine et une civilisation, et un mode de vie dans la plus grande simplicité. Moi-même qui te parle, je suis un musulman convaincu et pratiquant – j’étais en train de prier quand tu m’as écrit. Et quand on s’est rencontrés chez Levi [ndlr: Takana Zion], pendant le mois de Ramadan passé, il m’a dit : « Ah grand, je sais que vous êtes à jeun. »
 

 
Il sait que quand on parle de la philosophie rasta, on n’a pas à discuter. Nous savons que nous sommes nés musulmans. Un rasta, c’est un musulman. C’est ce que je voulais vous dire. Et dès que tu vois la philosophie d’un rasta, une fois qu’il te parle, tu as vu un musulman humble, qu’il soit pratiquant ou pas. Donc c’est ça.
 
Comme vous le voyez chez Takana [ndlr: Zion City à Coyah], cet endroit est au bord de l’eau et il fait bon y rester. Nous sommes plusieurs à avoir des domaines que nous sommes en train d’emménager, petit à petit, sur fonds propres. J’ai moi-même commencé et chez moi il y a une petite maison. À côté, il y a des palmiers et des espaces où mes enfants font des petits trucs, où ils font du naturel. Et enfin, des plages où s’asseoir tranquille. Un endroit où il fait bon vivre.

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